Wastburg ou presque (wikicommons)

Wastburg, le livre de Cédric Ferrand, sort aujourd’hui.

  • Avertissement prime, c’est le premier roman d’un copain. Prenez ce qui suit avec un grain de sel, parce que j’ai l’intention de vous faire acheter le bouquin.
  • Avertissement second, je n’ai lu que le manuscrit, aussi suis-je peut-être passé à côté de quelques détails. Pour le savoir, je n’ai pas le choix, je vais devoir acheter le bouquin.
  • Avertissement tiers, spoilers. Entrer dans le roman à l’aveuglette ne manque pas de charme. Si vous voulez profiter de la surprise, comme je l’ai fait, ne lisez pas les paragraphes en orangé clair et contentez-vous d’acheter le bouquin.

Si ma subtile méthode subliminale n’a pas marché, lisez-donc ma chronique.

Wastburg est un ville-état coincée sur un fleuve qui sépare deux nations ennemies. Des gens de toutes origines s’y entassent, trafiquent, magouillent et survivent comme ils peuvent. A l’ombre de la tour des majeers, désertée depuis que la magie a foutu le camp, la garde se débat pour faire régner un semblant d’ordre sur cette fourmilière. Enfin ça c’est la théorie. Parce que chaque gardoche a ses soucis, ses faiblesses et ses buts propres.

-spoilers-
Il y a beaucoup de personnages dans Wastburg. Ca commence comme un Fritz Leiber, avec un cambriolage sur les toits de la cité. Ca se poursuit dans une gargotte et dans une péniche. L’intrigue saute de point de vue en point de vue, nous emmenant toujours plus loin dans les bas-fonds de la ville. Vers le chapitre trois, on se demande quand on va retrouver les personnages du début. Au chapitre cinq, on a compris : jamais. Chaque scène ou presque nous présente un nouveau gardoche, échevin, coupe-bourse. L’histoire progresse un peu comme dans le Trône de Fer, (mais sans les longueurs) et on n’est jamais perdu. C’est celle de la cité, de son guet et d’un secret qui pourrait bien tout changer.

Alors, est-ce que ça marche ? Il faut pas se le cacher, quand on a pas de héros auquel s’identifier, pas de cliffhanhger en fin de chapitre, on est moins poussé à lire encore un peu avant d’aller dormir. Pourtant, Wastburg s’insinue en nous, portée par une langue verte et imagée. C’est un vrai personnage que cette cité étranglée par la corruption, forcée à la mutation permanente. Elle est un peu comme nos villes à nous, avec ses ordures et ses braves gars, ni bonne ni méchante, juste là. On veut savoir comment elle se sortira de cette salle affaire.
-spoilers-

Wastburg est un roman couillu dans la forme comme dans le fond. Oser un tel concept pour un premier roman était risqué, ambitieux. Beaucoup de gens – dont je suis – écrivent des histoires plus simples en lorgnant sur les segmentations de marché. Il faut des tripes pour se lancer dans un concept original et il faut du talent pour le porter à son terme.

Chapi-Chapo, monsieur Ferrand.

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12 Replies to “Wastburg

  1. Sur ce, je délaisse le blog quelques jours. J’ai aussi du vrai travail-de-vacances à faire. A la semaine prochaine si vous le voulez bien !

  2. Avec tout le bien qu’en dit Eric et le topic général du bouquin ça donne envie. Et puis fureter dans Wastburg en partant du grouillot de la garde jusqu’au capo c’est vrai que c’est une riche idée. Mais je te comprend tout à fait Cédric, c’est vrai qu’en écrivant sur un perso fixe, il faut « justifier » sa présence et lui donner de l’épaisseur en lui créant un passé, et c’est vrai qu’en ne survolant le protagoniste le temps d’un chapitre c’est plus facile.
    Ca sent l’achat en ligne ça… hum ça fleure bon Amazon ça lol.
    En attendant de te lire très prochainement.

  3. Je pense qu’il y a plus de boulot sur les personnages de Wastburg que dans beaucoup de romans à protagoniste unique, quel que soit le genre.

  4. C’est vrai que tu as eut l’honneur de lire le manuscrit original. Je ne doute pas un instant que les persos doivent être super fouillés. Et de toute manière c’est la seule chose qui compte dans une histoire : le protagoniste.

  5. Hello
    Je viens de finir le livre hier soir et j’ai un avis … partagé … c’est très bien écrit, très agréable a lire, un ensemble de petites nouvelles autour de la ville. Le style est joli, inventif, on se surprend souvent a sourire, a trouver de belles inventions et de bonnes idées … mais … a la moitié du livre on se sens gagné par le doute et la fatigue … ou cela va il ? tiens encore de nouveaux personnages, vont ils mourir ? ou bien passer leurs chemin ? bof bof, lisons vite pour voir ou cela va … sur la fin un petit crescendo, un final très sympa … prévisible mais finement amené …

    La difficulté est de faire un roman sans héros … (ou anti héros) on ne s’identifie pas a une ville … on ne s’affranchie pas sans risque des codes du Roman … si on le tente on écrit … autre chose … il y a un effet de saturation, une impression de recommencer encore et encore la lecture d’un nouveau bouquins a chaque nouveau chapitre …
    cependant il mérite le détour et je le conseil a tout les amateurs de Fantasy et de jeu de Rôle …

  6. C’est en effet toute la difficulté d’un tel projet. Je ne te cacherai pas que moi aussi je suis passé par la phase de doute. Une fois comprises les règles du jeu cependant, on s’intéresse plus à la cité et à l’intrigue qu’aux personnages. Enfin, c’est l’effet que ça m’a fait.

    Quant à savoir si Wastburg mérite d’être appelé roman, je pense que oui. C’est toujours une histoire avec un début et une fin. Si on va par là, la penta… octo… troplogie de George Martin n’en est pas un non plus.

  7. oui. cependant George Martin fait semblant de respecter les règles en collant des personnages dans ses bouquins et en mettant le « spotlight » dessus pendant plusieurs chapitres/livres …

    Attention encore, ma « critique » de Wastburg n’est pas négative, c’est un bon bouquin ! il se lis bien malgré un parti pris surprenant.

    je le dit d’autant plus que je souffre actuellement sur un ouvrage de « bit lit » immonde que j’ai acheté par erreur suite a une bonne 4ieme de couverture (j’étais fatigué) … ouvrage qui respect les codes à la lettre … mais qui est fade comme du pain sans sel !

  8. La bit lit, j’ai jamais osé. Je suis sûr qu’il y aurait des trucs qui me plairaient, mais le rapport bruit/signal me paraît trop important. Tu aurais des recommandations ?

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