Shark, par Ed Schipul sur Flickr

Sophie a arrêté de bloguer. Blogueuse lectrice méconnue, elle a reçu il y a quelques jours une lettre de TheBookEdition via la plateforme qui héberge son blog. L’objet, une critique qu’elle avait postée au sujet de La maison de l’ombre, d’Armelle Carbonel, reprochant à l’ouvrage l’absence de éditorial (suivi sur l’histoire, corrections, etc.) Après le saut, je vous en livre un extrait trouvé sur La culture se partage, via le post d’Alias.

Dans l’ensemble de son article, ce bloggeur utilise un de nos auteurs pour venir mettre à mal notre entreprise et notre marque, cela en laissant entendre que nous sommes une entreprise dont la qualité et la mission laisse à désirer. Pour info, notre entreprise est le leader […], nous comptons 20 000 auteurs, je pense que notre qualité et notre réputation n’est plus à faire. Nous ne sommes pas un éditeur à succès, nous laissons la chance aux auteurs inconnus ! Je trouve donc inadmissible qu’un bloggeur totalement inconnu, n’ayant aucunes qualifications ou reconnaissance du métier puisse à ce point venir critiquer de la sorte notre marque. Merci de faire le nécessaire.

Sophie choisit d’éviter les prolèmes et retire l’article. Quelques jours plus tard, dégoutée, elle décide de mettre son blog en pause pour une durée indéterminée. Depuis, c’est la levée de boucliers sur la blogosphère des amateurs de livres. Et avec raison. Mais ce que tout le monde dénonce comme une censure imposée par un éditeur, je le vois autrement : c’est de l’intimidation de la part d’un requin.

TheBookEdition n’a rien d’un éditeur. Un éditeur s’engage derrière ses publications. Il accepte que les critiques ne seront pas toutes bonnes. Un squale de l’Internet, lui, voit toute mauvaise publicité comme un risque pour son sacrosaint chiffre d’affaires. Il ne se prive donc pas de se plaindre quand on « critique sa marque ». En fait, TheBookEdition est un imprimeur : la société Reprocolor, de Lille. Le but du site est de vendre des livres imprimés à la demande et de prendre une commission au passage. C’est un service d’auto-édition, ou de vanity publishing, comme on dit avec plus de poésie en anglais.

J’ai un message pour TheBookEdition : va te faire fuck off.*

Alors je n’ai absolument rien à dire sur la qualité des livres que tu imprimes, ni sur le service que tu fournis – je suis certain que beaucoup de gens s’en trouvent satisfaits. Je ne porterai pas de jugement sur le fait que tu déguises ton business en te faisant passer pour un éditeur (mais « pas un éditeur à succès » hein, avec ton CA de plus de six millions et demi d’euros l’année dernière). Ce qui me dégoûte, c’est ton attitude de gros bras de cour de récré. Non seulement tu intimides tes clients – oui, Sophie est ta cliente, elle a le droit de s’exprimer sur son achat – mais tu prouves qu’elle a raison en retirant le livre de la vente. Ce qui, à mon sens, n’a pas du plaire à son auteure. Mais a-t-elle seulement eu le choix ?**

En guise de conclusion, je recommanderai à tous les auteurs amateurs de préférer un autre portail à TheBookEdition pour vendre leurs oeuvres. Quelqu’un qui ne gâchera pas votre réputation en tuant les blogs qui n’ont pas aimé votre dernière parution.

*Moi aussi je peux mélanger les langues n’importe comment pour faire genre je suis international.

**J’ai contacté Armelle Carbonel via sa page Facebook. Si j’ai une réponse, je mettrai le post à jour.

Mise à jour 6 septembre : Armelle Carbonel a brièvement répondu à ma question pour me promettre une réaction dans quelques jours. En attendant, elle dit avoir retiré elle-même le livre du catalogue the TheBookEdition. Je posterai à nouveau quand j’en saurai plus.

Dans un commentaire ci-dessous, Sophie explique qu’elle a eu un échange de mails avec Armelle Carbonel.