SVK - Warren Ellis & DIsraeli

L’événement en matière de comics européens ce mois-ci, c’était la sortie de SVK. Livre concept édité par Berg, une agence de communication, nous le devons aux plumes de Warren Ellis et Matt Brooker, plus connu sous le pseudonyme de D’Israeli (SticklebackScarlet Traces, War of the Worlds).

C’est un livret de 40 pages, parsemé d’essais, de vraies et fausses pubs et imprimé en deux couleurs, mais attention concept : la lampe UV fournie avec le comic permet de faire apparaître du texte invisible à l’oeil nu. Lisez la section Spoilers ci-dessous si vous voulez en savoir plus (sélectionnez le texte avec votre souris – et désolé si vous me lisez sur un fil RSS).

SVK est une histoire policière post-post-moderne. On suit Thomas Woodwind, consultant spécialiste en sécurité, dans une enquête sans gros twist final, plus mémorable par les détails de l’univers que par son intrigue. Le monde décrit par Ellis est à la limite du cyberpunk (ou du post-cyberpunk, si vous voulez) et il ne faut pas s’étonner si la préface est signée William Gibson. Le livre traite de réalité augmentée, mais aussi de surveillance et de vie privée. En passant, décernons une mention spéciale aux les pages de publicité (toutes pour des services ou produits en rapport avec l’ambiance du livre, comme Layar). Dessinées au trait, elles intègrent des messages cachés qui sont à la limite plus créatifs que la BD elle-même.

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Les textes invisibles sont des bulles de pensée. Vous vous souvenez de ces bulles en forme de nuages dans les bandes dessinées d’autrefois ? Warren Ellis les remet au goût du jour dans SVK, ce qui est à la fois une réflexion sur le média et – avouons-le – un gimmick un peu facile. En effet, l’histoire n’aurait pas souffert le moins du monde d’une impression normale.

Cependant, je dois dire que la mise en abyme (ou l’aspect méta, comme on dit de nos jours) est très réussie. Car voyez-vous, l’histoire tourne autour d’un McGuffin, la SVK ou Strategic Vigilance Key, qui permet de lire les pensées. Et vous-mêmes lisez les pensées des personnages avec un objet estampillé SVK…

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C’est là que SVK gagne son statut d’OVNI littéraire, de livre optiquement augmenté, de BD-plus-Objet-slash-Concept. En tant que tel, son principal mérite est d’exister. Maintenant, est-ce que vous avez envie de dépenser 20 euros pour l’exposer dans votre bibliothèque ? (*) Je dirais que ça dépend de votre niveau de fanboyitude, de vos points geek et de l’intérêt que vous portez au genre de société future que nous construisons malgré nous. Traitez-moi de snob, mais moi, je suis client.

(*) L’encre invisible, c’est aussi la garantie contre les pirates.