Ces temps-ci, je ne peux plus voir Star Wars en peinture. Alors non, je ne blâme pas la nouvelle trilogie. Quoi qu’on en dise, ça reste une déclinaison moderne des films qu’on a tous adorés. Avec tous leurs défauts, leurs incohérences et leurs trahisons, ils sont plus adaptés aux générations actuelles que ne le sont les originaux (qui sont, avouons-le, un peu chiants du point de vue de gamins formatés par Bob l’Éponge).

Mon problème est une overdose par degrés. Trop de Star Wars tue Star Wars. On me répète que les séries Clone Wars sont bonnes, je n’arrive pas à avoir envie de les voir. Tout le monde parle du nouveau jeu de combat de vaisseaux spatiaux, je sais que je n’y toucherai pas. Pourtant, comme la plupart d’entre nous, j’ai grandi avec Luke et R2-D2. Les films, les jouets, les premiers comics mal traduits, le jeu vidéo sur Amstrad, le jeu de rôles : j’ai des souvenirs émus de tout ça. On peut sans doute dire que j’étais un fan.

Ces dernières années, la franchise est devenue partie intégrante de la culture populaire, remixée dans tous les sens par les gens les plus talentueux comme les plus ridiculement mauvais. Jusqu’ici, rien à redire. Les obsédés du cosplay me portaient parfois sur le système, mais personne ne m’a forcé à regarder leurs défilés. Puis vient le marketing Lucasfilm, qui ne s’embarrasse pas de subtilité. Je pensais que Star Wars Kinect serait le jeu qui me ferait basculer du côté obscur et acheter le périphérique semi-inutile pour découper du droïde en gesticulant devant ma télé. Mais quand j’ai vu qu’on pourrai aussi y danser en compagnie de Han Solo, j’ai laissé tomber. La catastrophe était alors toute proche, et mon coeur de fan déjà franchement étoilé est tombé en morceaux sous les coups de la publicité.

httpv://www.youtube.com/watch?v=6obEMR_aRkA

Ci-dessus, la dernière apparition de Yoda sur les écrans irlandais. Le personnage facétieux et émouvant de notre jeunesse a été transformé en bête de foire destinée à vendre des téléphones. Une sorte de Prosper de l’ère moderne, la chanson en moins. Quel genre de créateur laisse faire sa à sa création ? Est-ce que tous les moyens sont bons pour soutirer un dollar aux fans ? Si c’est le cas, j’ai quelques idées :

  • Des dojos Jedi. Pourquoi laisser les fans créer leur propre religion alors qu’on pourrait le faire payer ?
  • Des émissions de télé-réalité pour les fans et les stars. Big Brother Star Wars ! X-Factor Star Wars ! La ferme célébrités Star Wars !
  • Un Star Wars casino à Las Vegas. Bien sûr il faudrait s’assurer que toutes les escort girls qui travaillent en costume de Mara Jade ou de danseuse Twi’lek paient une licence.
  • Des sextoys en forme de sabres laser (avec un Darth Maul spécial lesbiennes) et de petits Ewoks vibrants.
  • Une chaîne porno officielle. Enfin, l’orgie sur la barge de Jabba dont tous les fans rêvent en secret !
  • Des mines anti-personnel à l’image de l’Étoile Noire — au moins on serait sûr de mutiler des enfants !
  • Des drones (pardon, des UAV) ressemblant à des X-Wings.
  • Pourquoi pas vendre les uniformes de l’Empire au département de police le plus offrant ? Les municipalités paieraient cher pour booster leurs revenus touristiques grâce aux patrouilles de stromtroopers dans leurs rues.
  • Une série animée qui ridiculiserait les personnages originaux ? Ah, non. Déjà fait.

Aujourd’hui, je vois l’annonce de Angry Birds Star Wars avec un mélange de tristesse et de mépris. J’en suis venu à éprouver de la répulsion pour tout ce qui porte le logo autrefois tant aimé. Y compris les premiers films dans leur version non trafiquée. Et ça c’est triste, je trouve. Le marketing m’a volé mon enfance.