Tony DiTerlizzi était l’autre jour en visite éclair sur notre île. Je n’ai pas eu la chance de le rencontrer, mais j’ai pu lui faire passer quelques questions pour le compte d’Inis Magazine. Merci à David Maybury pour m’avoir offert cette opportunité au détour d’une conversation sur Twitter.  La version originale est toujours disponible sur le site du mag.

Le monde de Spiderwick est plein de gobelins, d’elfes et de trolls. Est-ce tu dirais que les livres ont été inspirés par le folklore irlandais ?

Sans aucun doute. Holly et moi some d’immenses fans du folklore et des contes de fées qui se racontent depuis des siècles en Irlande et au Pays de Galles. A vrai dire, je collectionne depuis peu les livres anciens et les premières éditions de ces contes qui m’inspirent encore à ce jour.

The Search for WondLa est sorti en couverture souple, ce qui va attirer une nouvelle vague de lecteurs vers cette étrange planète de ta création. Peux-tu nous en dire plus sur ce livre – comment le décrirais-tu à un lecteur curieux ?

J’ai décrit WondLa comme un “un conte de fées du 21e siècle”. L’histoire suit une jeune héroine, Eva Nine, qui est élevée dans une installation souterraine automatisée par une gardienne robot. Une nuit, la maison d’Eva est attaquée par un chasseur extra-terrestre. Elle s’échappe en gagnant la surface et se rend compte qu’elle n’est pas sur Terre comme elle le croyait, mais sur Orbona, une planète peuplée d’aliens. Il semble qu’elle soit la seule humaine sur cette planète.

Bien que l’histoire présente des élements de SF, comme les aliens, des gadgets technologiques et des appareils futuristes genre voiture volante, c’est principalement celle d’une fille qui quitte son chez elle pour explorer un monde sauvage et comprendre ce que c’est que la famille, et d’avoir un chez soi. La structure est similaire à celle de classiques comme Alice au Pays des merveillesPeter Pan et Le magicien d’Oz.

Il y a un paquet d’années, j’ai découvert ton travail dans Planescape, un monde pour Dungeons & Dragons. Je me souviens avoir été fortement impressionné par l’ambiance de la gamme. Pour la première fois,  un décor D&D était doté d’une atmosphère distincte. Comment diable cela a-t-il été possible au pays de la fantasy stéréotypée et des bikinis en cotte de mailles ?

Honêtement, je ne sais pas. Ce n’était certainement pas par manque de talent de la part des autres illustrateurs de TSR (l’éditeur de D&D) à l’époque.

Beaucoup d’artistes qui travaillaient régulièrement sur des produits D&D dans les années 80 et 90 étaient encouragés à dessiner des tas de bikinis en cotte de mailles et d’épées titanesques. Je pense que c’est parce que beaucoup d’entre eux puisaient leur inspiration chez des artistes du genre de Frank Frazetta et Boris Valejo. Moi, je suis arrivé avec un style influencé par Arthur Rackam, Brian Froud et Yoshitaka Amano. Je crois que le fait que mon travail était si particulier l’a fait sortir du lot.

Un petit oiseau m’a dit que Holly Black jouait toujours aux jeux de roles. Et toi, tu fais toujours rouler les d20 ? Est-ce que tes années de rôliste t’ont appris quelque chose sur l’art du conteur ?  

Je n’ai pas touché à D&D depuis un moment, mais il me tarde d’apprendre à jouer à ma fille dans les années à venir.

Holly et moi avons tous deux grandi en jouant beaucoup, et le jeu de rôles m’a certainement aidé à devenir un raconteur d’histoires. Quand j’étais petit, il a servi de carburant à mon imagination et m’a fait découvrir la mythologie (grâce au Deities & Demigods) et la fantasy en général. Il faut être honnête, qui jouait à D&D dans les années 80 sans lire Tolkien ?

Plus tard, quand j’ai commencé à collaborer au jeu (principalement sur Planescape), j’ai appris à construire un monde de A à Z. Je ne créais pas seulement les monstres et les personnages des joueurs, je devais comprendre comment l’architecture d’un royaume était le reflet de sa société. Je devais inventer dans artefacts et des armes qui témoignaient de la vie de leurs inventeurs. Ce fut une expérience incroyable, qui m’a beaucoup aidé dans la création du look de Spiderwick, et encore plus pour inventer le monde de WondLa.

Beaucoup d’entre-nous rêvons d’avoir autant de succès que toi. As-tu des perles de sagesse à partager avec les auteurs et les illustrateurs qui te lisent ? Quelle est la leçon la plus dure que tu aies apprise au fil des ans, certaines t’échappent-elles toujours ?

Bonne question. Je pense qu’il faut que vous aimiez ce que vous faites. Vous devez être passionnés tout en étant ouverts aux retours et aux critiques de vos pairs. C’est ce qui vous permettra de passer la période de refus qui accompagnera inévitablement la recherche de votre voie. Personnellement, chaque refus ne faisait que me convaincre un peu plus de perséverer. Je savais que j’étais fait pour créer des histoires.

Et bien entendu, vous devrez vous armer de patience. Une histoire ne se conjure pas en un jour. Il faut beaucoup de temps pour produire un livre et le succès peut frapper à votre porte de bien des manières.

Les cartes. Certains écrivains ne peuvent pas s’en passer, d’autres s’en soucient comme de leur premier bic. Tu dessines beaucoup quand tu écris, mais fais-tu aussi des cartes de tes mondes en travaillant ?

Oui, j’ai besoin de savoir où tout se trouve. En même temps (c’est évident dans mon cas) je réfléchis de manière visuelle. J’ai des souvenirs émus des cartes dans les reliures de mes livres préférés d’enfant. Je pense à Narnia, à la Terre du Milieu, à la Forêt des rêves bleus, aux Garennes de Watership Down…

Il existe une magnifique carte de WondLa en réalité augmentée, intitulée WondLa Vision. Est-ce que c’est quelque chose que tu a voulu pour accompagner le livre, et est-ce que tu t’intéresses beaucoup à la technologie et à la narration interactive ?

Je me suis pas mal impliqué dans l’application de réalité augmentée, même si ce n’était pas mon idée. L’équipe marketing de Simon & Schuster (mon éditeur) y réfléchissait depuis un moment, et WondLa était le livre parfait pour tenter l’expérience.

J’étais un peu inquiet au début. Je ne voulais pas que le site devienne d’une quelconque façon intégral au contenu… qu’on ait quelque chose du genre « Okay, posez le livre et aller lire la suite en ligne ».

Je ne voulais pas non plus de codes barre ou de codes QR en plein milieu du texte. On a réussi a résoudre ces deux problèmes en créant un carte animée qui permet au lecteur de suivre Eva Nine dans ses voyages à travers Orbona. Et les clés de la réalité augmentée sont simplement des illustrations du livre. Si tu ne vas jamais sur le site, tu peux apprécier l’histoire dans son entiereté. La réalité augmentée est simplement un moyen d’attirer les lecteurs réticents et je pense que ça fonctionne.

Te voici désormais auteur de science fiction. Ma dernière question porte sur le futur de notre profession : comment vois-tu la littérature jeunesse des années 2050 ?

Je suis un peu vieux jeu, aussi je pense que les livres existeront toujours. Ceci dit, je m’accroche à ma philosophie du plus beau livre possible même quand j’évolue dans la réalité des ebooks. La question des liseuses ne se pose pas : elle deviendront le moyen de lecture préféré des gens. Et ça ne pose au problème tant que les enfants lisent. Si une histoire est bonne, elle peut être sous n’importe quelle forme tant qu’elle entraîne, élargit et entretient l’esprit.

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