httpv://www.youtube.com/watch?v=vWPXap0OCp4

Hier, j’ai vu cette vidéo sur ebouquins. L’epub 3, nouveau format pour ebooks, intègre enfin des fonctions multimédia telles que du son et des vidéos. En la regardant, j’ai eu comme un flash. La certitude que la littérature vit là les prémisces d’une mutation profonde et qu’il va falloir repenser l’écriture.

18h31. La vidéo a été retirée par MacMillan. En attendant qu’elle revienne, je vous en mets une autre, moins évocatrice, mais qui montre tout de même les capacités du format.

Le livre nouveau est arrivé

Si vous avez vu ne serait-ce que quelques images de livres sur tablette, vous ne serez pas soufflé par les exemples proposés ici par MacMillan. Mettre de la vidéo dans les livres d’images, faire parler Marlène Jobert dans ses livres pour enfants, ça n’a rien de révolutionnaire. Cependant, on ne parle plus d’apps développées directement pour telle ou telle plateforme – il s’agit désormais d’un format lisible partout et a priori facile à mettre en page. À voir aussi sur ebouquins, une vidéo sur la version epub de Kadath, le livre-objet lovecraftien de Mnémos, qui intègrera un gameplay assez bien pensé.

A Tilff, on parlait avec Pierre Gévart de l’écriture du futur, et il me faisait fort doctement remarquer que chaque nouveau support avait apporté une évolution à l’écriture. À l’époque du volumen (le rouleau) on n’avait point de chapitres. Ceux-ci sont arrivés avec le codex, le livre relié. Il y a dix ans, on pouvait lire sur un ordinateur mais on n’avait ni les hyperliens, ni les vidéos, ni la facilité de mise à jour et de correction si intégrales à l’info que nous consommons sur le web. Et ne venez pas me dire que les journaux papier et télévisés ne disparaîtront jamais « parce que le contact physique est trop important » ou « parce que j’aime l’odeur de David Pujadas ».

Blague à part, on est tous d’accord pour dire que l’écriture a évolué pour s’adapter au média internet. Alors qu’en sera-t-il pour l’ebook ? N’est-on pas en train d’assister à la floraison d’une nouvelle branche sur l’arbre de l’évolution médiatique ? Dans un siècle, quand tous les inconditionnels du papier seront enterrés, je ne pense pas qu’on s’emmerdera à imprimer des livres encombrants, linéaires et ennuyeux.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : on ne se dirige pas vers la fin du papier. La calligraphie n’est pas morte après que les moines copistes mis au chômage par Gutemberg se soient recyclés dans la brasserie. De même pour les graveurs sur marbre, on a encore besoin d’eux dans les pompes funèbres. Les librairies physiques ne disparaîtront pas complètement, mais elles vont devoir évoluer sérieusement. Peut-être proposeront-elles de l’impression à la demande, ou des volumes personnalisés d’histoires communautaires comme dans The Right Book, une nouvelle de Doctorow.

Les écrivains de demain

Pour en revenir à l’écriture, la question que je me pose est la suivante. Est-ce que les possibilités du support ne vont pas tranformer la façon de travailler des écrivains de demain ? En 2005, Mika et d’autres écolières japonaises ont écrit leurs romans SMS sur des téléphones (et même pas smart). C’est bien la preuve qu’on s’adapte aux outils qu’on a. Quelle écriture nous prépare la génération qui grandit avec une capacité d’attention de moins de vingt minutes – le temps d’une partie de League of Legends ou d’un épisode de South Park streamé en dépit d’hadopi. Et la génération d’après, celle pour qui le livre papier sera aussi étranger que la disquette pour nos enfants ?

Si on en croit Tony Buzan, le cerveau humain ne fonctionne pas de façon linéaire. Combien de temps se satisfera-t-il d’histoires avec un début et une fin ? Déjà, les jeux (vidéo et de rôles) nous en déshabituent. On a de plus en plus de mal à se concentrer sur des textes longs, d’autant plus qu’on les lit sur des supports susceptibles de nous en détourner. L’écriture n’a plus besoin de se cantonner au chapitre-après-chapitre, alors quelles autres formes de narration peut-on proposer avec les technologies qui sont les nôtres ? Perso, je compte bien me pencher sur la question.

comment/link/share/evolve

Des idées, des suggestions, des déclarations d’amour au vieux livre écorné qui vous a suivi depuis vos douze ans ? Dites-nous ce que vous pensez de l’avenir de l’écriture – et faites tourner le lien. Plus on est de fous, plus on réfléchit.

Laissez un commentaire sur :

15 Replies to “Le futur de la littérature commence aujourd’hui

  1. Une remarque: techniquement, en tant que nom, « futur » ne s’applique qu’à la conjugaison. Il faudrait parler de « littérature future » ou « d’avenir de la littérature ».

    Cela dit, c’est une réflexion que je me suis faite depuis un bon moment et qui s’est cristallisée à la lecture du néanmoins excellent « 1940: Et si la France avait continué la guerre? » paru l’année passée.

    Une structure hypertexte aurait un sérieux intérêt pour toute littérature qui aurait besoin de références. Les textes scientifiques, mais aussi les œuvres de fiction faisant référence à des contextes particuliers.

    En fait, en y pensant, je me dis que, du coup, il pourrait y avoir un marché pour des versions « annotées » de telle ou telle texte.

    Pour tout ce qui est multimédia, je suis plus dubitatif, parce que ça reviendrait à massivement multiplier les coûts de production.

    • J’ai vérifié pour ‘futur’, et je n’ai pas trouvé cette règle. Il y a même une citation de Bossuet : « Il y en a qui ne prennent rien à coeur, qui se donnent à qui est présent et n’ont du futur aucune inquiétude. »

      C’est clair que l’hypertexte est un outil de choix pour les textes à clés et les univers compliqués. Il y a eu quelques expériences intéressantes dans ce sens autour du Tiddlywiki.

      Je ne dis pas que le livre de demain sera obligatoirement multimédia. Est-ce qu’on ne peut pas faire des choses non-linéaires en se contentant de texte ?

      Au fait 1940, c’était pas un site web à l’origine ?

  2. (avertissement: je n’ai pas regardé les vidéos ci-dessus, je donne à chaud ma vision du futur de la littérature)

    Le medium change, c’est indubitable, ainsi que tu en as brièvement retracé l’historique. Peut-être finira-t-il par disparaître, remplacé par des tablettes ou des feuilles souples connectés tactiles: les premiers protos sont déjà dispo en guise d’ « écrans »…

    Mais l’art de l’écriture en lui-même? Est-il véritablement appeler à se révolutionner par l’introduction de ce format et de sa prochaine descendance?

    L’écriture est un art plutôt personnel, qui se pratique plutôt difficilement à plus de deux mains. Qu’en sera-t-il s’il faut impérativement, en taut qu’auteur, s’associer à des graphistes, des musiciens, des acteurs (vocaux ou physiques) pour faire vivre ces nouveaux supports (ou les exploiter, c’est selon le point de vue)? Cela ne s’appelle plus véritablement de l’écriture, mais de la direction « cinématographique » ou quelque chose d’approchant.

    Les nouveaux media vont très certainement faire surgir de nouveaux arts, mais je suis persuadé que la littérature (fut-elle de gare, classique, ou SF) a de très beaux jours devant elle. Il me semble toutefois que si les « consommateurs » se désintéressent totalement du support écrit (par facilité, consumérisme ou manque d’appétit intellectuel) pour privilégier des supports plus « rapides » et moins exigeants, la littérature pourrait alors être menacée, un jour, et toute la chaîne des auteurs, éditeurs, librairie, avec…

    Mais la littérature semble si profondément ancrée dans notre culture du XXe et début XXIe siècle, que cette menace me parait très improbable à court-terme. Voilà pour ma vision de l’avenir de la littérature: elle bouge encore.

    Et pour en revenir à ce format epub, je suis persuadé qu’il aura du succès (au moins d’estime) car il sera probablement exploité avec beaucoup d’intelligence par les services marketting pour attirer le chalant et faire du business… mais par des studios de création, et non plus par des auteurs et des artistes…

    • Oui les écrans souples, je bave dessus à chaque fois que je vois un proto…

      Je te fais la même réponse qu’à Alias : pas la peine de se transformer en réalisateur multimédia pour écrire sur des supports électroniques. Avec quelques niveaux de game designer, on peut avoir l’idée du livre dont vous êtes le héros.

      Même si les supports et les habitudes évoluent, je ne pense pas que la lecture en elle-même soit menacée. Personne ne lira peut-être plus Michel Strogoff en ebook en 2111, mais la version feuilleton interactif affichée directement dans le champ de vision aura certainement du succès ;P

      Si tu regardes la vidéo, tu verras que l’epub 3 propose aussi des fonctions équivalentes au PDF : mise en page, typo intégrée, etc. On en aura l’usage pour de la littérature pure.

      Quant à dire que des artistes sont incapables de produire du contenu multimédia, c’est une affirmation dont je te laisse la responsabilité ;)

    • Le truc, c’est que pas tout le monde les a, ces niveaux de game designer. Et quand bien même, le contenu annexe, il faut le produire, l’aménager, le mettre en forme, etc.

      Ça implique soit une organisation de taille raisonnable ou des compétences très variées.

  3. D’un point de vue tout à fait personnel, je ne me sens pas prêt pour ce genre de gagdet. Je trouve que flâner dans une librairie à la recherche d’un livre « papier » ça a son charme quand même. Mais ne vous y trompez pas, je suis un fan de nouvelles technologies. Je suis le premier à sauter sur le plus petit topic sur le nouvel Ipad ou tout autre gadget geek du même acabit.
    C’est juste que… les ebooks… j’peux pas m’sieur le juge ! lol

    • C’est parce que tu n’as pas essayé. Rejoins-nous vers le côté obscur… Pense à ces douzaines de livres toujours à portée de main dans ton téléphone. A ces BD qui se téléchargent en un clin d’oeil, au temps gagné à faire les poussières…

    • Pitêtre… mais que dis-tu de cette vibrante odeur de papier qui emabaume tes nasaux (poilus ou pas lol) ou alors de tous ces bouquins sur tes étagères, sorte de trophée de lecture que tu peux exhiber devant tes convives (tout à fait très cher, bien sûr, c’est du Tolkien muahahahaha)… Et puis dans un sac en bandouilière, te balader avec ta tonne de livres, moi je trouve que ça fait claaaaaaaasse !

  4. Sans rejoindre totalement l’avis de Jimmy, je parlerais de deux supports différents : le livre et l’ebook. Je suis d’accord qu’on peut faire plein de trucs sympa avec un ebook, mais dans un livre qui me passionne, je n’ai jamais eu envie de cliquer sur un lien hypertexte. après dans un supplément de jeu de rôles en pdf, oui bien sûr. regarde le classement des ebooks vendus sur iBooks par exemple, tu verras que ce ne sont pas des livres de lecture, mais plutôt des livres utilitaires, amusants, faciles à lire. Et le fait que les gens ont de plus en plus de mal à lire des textes longs, à voir des films longs, c’est la culture du zapping et l’hyperprésence du temps dans les esprits qui le provoque, en plus d’une difficulté de concentration de plus en plus accrue. Si le livre devait aller vers cela, ce serait l’équivalent de l’art moderne : une perte de qualité au profit d’un conceptuel à l’intérêt souvent douteux.

    Pour moi l’ebook n’est pas l’avenir du livre, c’est l’avenir de la BD. parce que la bd elle rentre dans ce schéma de la culture d’image et du jeu de la lecture, et que vraiment l’électronique amène un gros plus au support traditionnel (possibilité de mieux voir les détails, moins voir la planche d’après quand on lit, etc…). Qu’une case ou une bulle devienne une vidéo ou un son, là ca ne me gênerait pas, ca enrichirait mon expérience de « lecture ».

    par contre, pour une nouvelle ou un livre, par pitié, laissons les vrais textes sur papier bien couché, sans autre fioriture. N’allons pas jusqu’à salir un des derniers sanctuaires de calme et de réflexion qui nous reste dans cette société où la cervelle sert juste à l’initiative.

    • C’est intéressant ce que tu dis sur la BD. C’est un support qui est finalement un descendant du livre, et c’est clair qu’il évolue déjà avec la technologie.

      En ce qui concerne la capacité de concentration de l’être humain moderne, est-ce que ce n’est pas quelque chose qui est amené à disparaître à moyen terme – et avec elle les textes longs ? [mode avocat du diable ON]

      Quant au papier couché, c’est une espèce en danger…

  5. Je suis de l’avis de FX. En plus, ceux qui seront capable de lire un pavé formeront les élites de demains, il y aura encore un creusement du fossé social et culturel.

    Professionnellement, je peux l’affirmer: les personnes qui viennent de la culture du livre sont bien plus capables d’utiliser les nouvelles technologies que les « techno-natif ». Je ne doute pas du futur du livre comme produit multimédia, ça ne peut pas évoluer différemment, mais ça m’étonnerait que ce soit mieux. Il suffit de voir comment internet à pris son essor lorsque des sites comme youtube sont devenus possible grâce à l’augmentation des débits.

    A mon avis, le livre restera aussi sous une forme simple, voir même sous forme papier. En plus, c’est bien beau de pouvoir lire sur son portable mais sur une île déserte, faut trouver la prise pour le recharger…

    • Je vois ce que tu veux dire, mais il faut pas confondre livres-pavés et support écrit. Par exemple, Wikipedia n’est pas Youtube, pourtant c’est un media interactifs, hypertexté à mort et créé de manière communautaire.

      Et pour les îles désertes, il faudra juste pense à emporter son chargeur solaire (qui sera à terme intégré aux appareils eux-mêmes, n’en doute pas) ;p

Un truc à dire ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Loading Facebook Comments ...

No Trackbacks.