Ce n’est que récemment que j’ai découvert que Stéphane Beauverger avait reçu non pas un, mais deux prix aux Utopiales pour son dernier roman, Le Déchronologue, paru chez La Volte. Vous voulez mon avis ? C’est amplement mérité. J’ai travaillé avec Stéphane chez Oriflam, et ça m’a fait plaisir de retrouver certains des thèmes qu’ils avait traités pour Archipels. Les pirates, évidemment (l’île double de Kargir, c’était lui), mais aussi la fin des temps.

On suit donc le capitaine Henri Villon, rebelle huguenot devenu flibustier après le siège de La Rochelle. Sa frégate, le Déchronologue, a la particularité d’être équipée de canons temporels. Parce que les Caraïbes qu’on découvre au fil de la lecture ne sont pas celles de notre histoire. Des failles temporelles ont altéré la course du destin et amené divers étrangers hors de leur époque.  Mais vous n’en saurez pas plus. Sachez cependant qu’il ne s’agit pas d’une aventure pulp ou d’un banal retour vers le futur avec pistolets à rayons et jolies femmes des cavernes. C’est une histoire noire que l’auteur nous conte, servie par une connaissance pointue de la vie des corsaires, flibustiers et boucaniers du 17ème siècle.

La force de ce livre et aussi sa seule faiblesse. Les journaux de Villon sont présentés dans le désordre, et on saute d’événement en événement, d’avant en arrière,  sur une période d’environ cinq ans. L’intrigue progresse constamment, et on n’est jamais vraiment perdu, mais on n’est pas non plus poussé par l’habituelle envie-de-savoir-la-suite. Ceci dit, je ne vois pas comment il aurait pu en être autrement étant donné cet audacieux choix narratif. Au pire, cela n’a fait que ralentir un peu mon rythme de lecture, sans rien enlever à mon plaisir.

N’hésitez pas à vous procurer le Déchronologue – c’est un livre plus rare qu’un iPod sur le pont d’un gallion.