Attention : cet article est principalement composé de râlerie.

Dredd 3D, c’est pas bien. Sans m’étendre sur un film qui ne le mérite pas (scénario plein d’incohérences, violence inutile, décors au rabais et j’en passe), je voudrais parler de dystopie policière.

Alors non, je suis pas tombé de la dernière pluie : Judge Dredd n’est pas un personnage sympathique. Juge, jury et bourreau, fanatique au service de la Justice, ses aventures restent lisibles pour deux raisons : 1) elles sont écrites pour les ados, et 2) elles ont pour décor un univers cartoonesque. Mega City One est habitée par des rednecks cyborgs, déchirée par des guerres entre gangs d’obèses ou envahie par des aliens carnivores à têtes de crocodiles. Dans ce genre de joyeux délire satirique, je n’ai jamais été vraiment choqué de voir débarquer un facho casqué qui tue tout le monde en grognant « I am the law ». Je prends ça comme de l’humour noir.Concept design de Dredd, par Framestore (cliquer pour en voir plus)

Pour des raisons que j’espère en grande partie liée au budget, les producteurs de ce nouvel opus ont fait disparaître l’univers de SF barrée au profit d’une anticipation réaliste complètement dénuée de l’humour britannique des comics. Les gangsters sont des dealers de dope, les voitures ne volen plus et les blocs d’habitation aux noms clins d’oeil sont remplacés par des tours de 200 étages qui rappellent les logements sociaux de notre ère. Dans un cadre si proche de notre 21è sièce, voir des flics abattre de sang froid des criminels, aussi amoraux soient-ils, m’a laissé un sale goût sur la langue.

Ça n’a pas pourtant pas gêné l’équipe du film. Et apparemment les critiques non plus, qui semblent tous applaudir l’adaptation en la comparant à la Stalonnerie de 1995. Pourquoi ? Je ne suis ni sociologue ni érudit de la science-fiction, mais je vous colle mon ticket que c’est par habitude. Les dystopies sont le quotidien de notre évasion. De l’empereur Ming au président Snow, nous sommes habitués aux sociétés imaginaires dirigées par des salopards. Dans les jeux (vidéo ou sur table), on a régulièrement l’opportunité d’incarner un agent de l’oppresseur. Mais dans 99% des cas, on nous donne un repère moral : les protagonistes, s’ils ne luttent pas directement contre le système, comprennent qu’ils sont dans le mauvais camp.

Présenter les fachos comme les gentils de l’histoire, c’est nouveau, et ça ne me plaît pas. J’espère juste que ça ne deviendra pas une habitude.

Laissez un commentaire sur :

12 Replies to “Judge Dredd et les fachos de la SF

    • Oui. L’adaptation de Green Arrow, le comics DC va faire du personnage une sorte de Punisher avec arc et flèche alors que ce héros est l’un des plus progressistes de l’univers DC.

  1. Merci pour ton retour. Après la descente d’Alias sur Total Recall, on dirait que les remakes ne vous ont pas à la botte, hein ?

    Moi qui suis fan de Stallone et qui suit venu à Dredd par le premier film, je ne suis surement pas celui à écouter. J’ai pris l’intégrale 1 (oui, parce que moi mon sujet de râlerie, ce sont les intégrales qui sont en plusieurs volumes, et qui sont réactualisées régulièrement, alors que le but d’une intégrale selon moi, c’est d’avoir tout, enfin bref), et je n’ai pas tant accroché que cela au comics. Les américains y trouvent un parangon de leurs valeurs, façon Captain America un peu dark, il faut l’accepter, comme on finit par s’habituer à Captain America si on veut continuer à aimer les comics.

    Au delà de l’aspect moral sur lequel on ne peut que te rejoindre, c’est à travers vos critiques le manque d’enthousiasme que provoquent les films de genre qui nous sont offerts à nous, les geeks. Y’a très longtemps, à l’époque où Battlestar galactica se conjugeait en boîte de conserve, je consommais avidemment de la série B, Z, et j’aimais ça, j’en voulais plus. Et maintenant qu’on a le pira… le salaire pour s’offrir plein de films, on grogne à trouver un seul film à la hauteur de nos espérances.

    J’ai la chance d’avoir des collègues de 20+ans, et je vois bien que l’accueil des films n’est pas le même. Le dernier Dark Knight fait par Monsieur Nolan a été considéré comme une bouse, alors que le Spiderman de Marc Webb a été chaudement accueilli. Chez Alias ou Rom1 c’est plutôt l’inverse. D’où la sempiternelle question : sommes nous devenus des vieux cons trop exigeants ? ou alors le dernier rempart contre la déliquescence de notre culture (enfin de la culture américaine, mais là c’est un autre débat) ?

    • Je ne veux pas répondre pour Éric, mais, puisque je suis cité (deux fois, même), j’essaye de prendre les films comme ils sont, pas en fonction d’un quelconque prédécesseur.

      Par exemple, le premier Total Recall ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable, donc j’étais allé voir celui-ci l’esprit léger.

      Dans le cas de Judge Dredd (que je n’ai pas vu), je comprends très bien la critique d’Éric à l’aune de ce que je connais de la bédé.

  2. Je pense pas qu’on soit devenus des gros cons, franchement. Il me semble que les films étaient mieux aaavant. Le marché était différent, le cinéma n’était pas principalement destiné aux ados, je sais pas. Dans tous les cas on se contentait pas de compter sur la pre-awareness en vendant des resucées de licences des années 80.

    Les comics Judge Dredd, c’est surtout un truc d’ado avec de l’humour noir et des balles dans la tête. Peut-être moins maintenant que leur lectorat a vieilli, parce que je pense pas qu’il y ait beaucoup de gamins de 12 ans qui lisent 2000AD de nos jours.

  3. j’ai pas dit gros, j’ai juste dit vieux. ;) De manière pragmatique, les deux films tapent dans le genre futur sombre qui est pour tout rôliste synonyme de scénario alambiqué, de faux semblants, de second degré… alors c’est sur que la lecture d’Hollywood nous paraîtra certainement un peu légère.

    Le premier Total Recall ne m’a pas laissé non plus un grand souvenir, j’avais trouvé que pour du Dick l’intrigue était très linéaire et que le concept de la mémoire servait juste de prétexte à une histoire assez classique. En revanche, j’avais bien aimé judge dredd, que Sly jouait à mon sens plutôt bien, et sa personnalité de « je me fais cogner, et je rends les coups » colle plutôt bien avec la bd.

    Comme vous m’avez dégouté des remakes, je vais surement en rester là ;)

  4. Surtout que la BD Judge Dredd met aux prises le flic défenseur de la loi et d’un régime facisant avec des individus bien pire que le gouvernement lui même. En plus je me souviens qu’il y a pas mal d’ambiguités dans les relations entre Dredd et son indic Freggy le mutant. Dredd de par son rôle de flic est censé détester les mutants et il protège Freggy et sa famille.

  5. J’ai vu le film et je l’ai trouvé très bon. Je dois préciser que je suis un énorme fan de Dredd, ayant commencé avec la traduction française des comics eagle en couleur, puis ayant pourchassé les numéros de Metal Hurlant ayant proposé quelques planches et enfin ayant acheté 2000AD et Judge Dredd Magazine pendant que je vivais en Irlande. Depuis, je lis les Case Files.
    Je n’aime pas trop le film de Stallone, parce qu’il n’y a aucun respect pour le personnage et l’univers. Stallone qui enlève son casque en permanence, les lawmasters volantes, la cité qui est futuriste mais qui n’apparait presque pas dans le film. C’est du Dredd light ou du Dredd Pour Les Nuls à mon gout.
    Le nouveau film propose un personnage très proche du héros de la BD: badass, obsédé par la loi, sans pitié… L’idée de lui confier l’évaluation du Juge Anderson m’amuse beaucoup et pareillement, elle est très fidèle à son personnage du comics: terriblement efficace mais un peu limite avec la loi, un petit brin de folie et de pitié que n’a pas Dredd, elle est un peu son Jimmy Cricket qu’il n’écoute que d’une oreille.
    Le film est très noir et choque par le fascisme qui s’en dégage: excellent, c’est exactement ce que la BD voulait obtenir comme résultat dans les années 80 et le film donne une vision adapté à notre époque. La BD parodie l’Angleterre Thatcherienne, le film parodie une version encore plus sombre, mélange d’Amérique post-Bush et d’Angleterre Cameronnienne sur fond de crise.
    J’ajoute à cela que le film marche bien, l’action est au rendez-vous et ça faisait un moment que je ne m’étais pas autant immergé dans un film.

    Bon, voila, chacun ses goûts mais faites-vous votre avis vous même, surtout si vous appréciez le comics.

    Ghislain

    • Je suis d’accord avec toi : le film est fidèle au personnage. C’est juste la transposition dans un univers plus réaliste qui rend l’ensemble ‘too close for comfort’. Un peu comme Dark Knight Rises. Des personnages extrêmes pourquoi pas, mais quand on les place dans un monde trop proche du nôtre, je ne peux pas m’empêcher d’y voir un message. Je dois me transformer en vieux con =)

    • C’est un peu ce qui me fait peur: il y a déjà pas mal d’histoires de la bédé où la satire est très borderline, mais ça passe parce que c’est un univers SF kitschouille et un peu déjanté. Vouloir moderniser tout ça, ça me paraît dangereux.

      Mais bon, j’y jetterai un oeil; au pire, ça me donnera matière pour un billet cinglant comme celui-ci. ;)

Un truc à dire ?

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Loading Facebook Comments ...

No Trackbacks.