La semaine dernière, j’ai fait le figurant sur un tournage de série. Ça s’appelle Vikings, c’est une coproduction irlando-canadienne pour History Channel (mais pas un documentaire) et ça retrace la saga de Rathgar Lodbrok. Je n’étais pas un viking, mais un des méchants Saxons qui osent défendre leurs terres contre l’envahisseur.

Commençons par les aspects négatifs : les pieds mouillés toute la journée, l’attente sous la pluie et les départs à 5h30 du matin, c’est pas fait pour un écriveur quadragénaire. Normalement je devais tourner deux jours, mais j’ai préféré céder à la pression de mes ampoules et consacrer ma journée à des activités plus productives. J’ai beaucoup de respect pour les types qui font ça pendant des semaines malgré les éléments, l’inconfort et le salaire de misère. Bon, on est très bien nourri, quand même. 

J’avais envie de voir comment se passait un gros tournage, et j’en ai eu pour mes sesterces. Le matin, j’ai eu la chance d’être « balaie-caméra » pendant sur toute une scène, ce qui consiste à courir au premier plan, aller-retour, pendant toute la prise. Ma « first position » était à quelques mètres de celle de l’acteur principal et du réalisateur. La pluie s’est arrêtée en fin de mâtinée mais l’après-midi a été très humide. En effet, la fin de la scène de bataille nécessitait beaucoup de cadavres. J’ai donc passé pas mal de temps à frisonner dans la boue et les orties, couvert de faux sang, à quelques mètres des cascadeurs et des acteurs. À travers des paupières mi-closes, j’ai pu observer les cascadeurs de près (un pauvre gars s’est fait égorger à la hachette sous mes yeux pas moins de cinq fois) et voir un des acteurs déclamer son monologue dramatique.

En revanche, pas de charge désespérée face au mur de boucliers — c’était la scène que j’ai loupé fin septembre — et pas de combat dans l’arrière plan. On peut pas tout avoir.  Anecdote drôle, pendant la pause déjeuner, je me suis retrouvé par hasard — ou par ignorance de l’étiquette des plateaux — à table avec deux des acteurs (dont le fils de Stelan Skasgard) et on a fini à papoter de l’usage de la symbolique nordique par les nazis.

Deux trucs m’ont étonné : le relatif bordel dans lequel tout ça se passe. Même si la production est très organisée par nécessité, le côté figurants et mise en scène se fait à la volée. « On va cadrer ça plus large » dit le réalisateur. « T’es sûr ? » répond le producteur, conscient du temps que ça va prendre. « Oui, ça sera plus épique. » « Okay, des figurants au fond s’il vous plaît, et des cadavres par terre. Cascadeurs et chevaux entre les deux ! » Et toute la machine de se mettre en place, avec transmission des ordres façon navire pirate. Mais en attendant, tous ceux qui n’ont rien à faire attendent hors champ, en armure sans manches dans le vent et la pluie. Notez que les prévoyants s’abritaient sous un coupe vent qu’ils jetaient dans les buissons pendant les prises.

La deuxième chose étonnante est la gentillesse d’absolument tout le monde. Sérieusement, ces vikings, c’est un clan de bisounours. En dépit de la fatigue, tout le monde est aux petits soins avec les figurants, et on a beau être la lie de l’industrie télévisuelle, on sort de l’expérience avec l’impression d’avoir contribué à quelque chose.

Le moment le plus drôle de la journée aura sans doute été après la journée, chez Marks & Spencer et dans le tram. J’avais le visage encore partiellement ensanglanté, les mains noirs de maquillage et de boue —c’est étonnant qu’on m’ait pas arrêté

Voilà pour mon petit voyage au 9è siècle. Il ne reste plus qu’à voir ce que donnera la série.