Old fashioned microphone par joshuaseye (Flickr)

Un mini-post pour dire que Justine Niogret m’a extorqué une interview en échange de celle que j’ai publiée l’autre jour. Rien n’est gratuit dans ce monde de requins qu’est la blogosphère écrivaillonne. Vous pouvez lire ça sur son blog. On y parle d’écriture, de rapport à l’art, de famille et de shampoing.

2 septembre 2011. Justine ayant dû mettre son blog hors ligne, je copie l’interview ci-dessous en attendant son retour.

Pourquoi avoir commencé à écrire ?

C’est le jeu de rôles, je pense. Avant, j’avais écrit quelques conneries pour des journaux d’école ou dans mes cahiers de brouillon. Mais avec D&D et la multitude de jeux qui ont suivi, j’ai vraiment commencé à prendre mon pied à inventer des histoires. J’en rédigeais des pages et des pages ; j’étais un bien meilleur scénariste que meneur de jeu. Mes premières publications professionnelles, c’était aussi du JdR, bien avant d’essayer de m’orienter vers la BD ou la littérature.

Pourquoi faire de l’art ? L’art c’est sale et pour les paresseux, j’ai entendu dire.

Tu crois ? Voyons voir… les artistes sont des paresseux par définition. La paresse entraîne la saleté. Donc ça doit être vrai.

Pour répondre à ta question, il faut déjà considérer ce que j’écris comme de l’art. Il y a un pas, mais admettons. Parce que c’est plus fun que de pointer à l’usine ? Parce que c’est moins dur que de faire le tapin ? Parce que j’ai rien compris à la vie et que je préfère passer mon temps vouté sur un clavier plutôt qu’avec ma famille et mes amis ? Un peu tout ça sans doute. Surtout, c’est parce que j’ai peur d’avoir le cerveau qui déborde – ou pire, qui se paralyse. Même si j’avais deux jobs alimentaires et des sextuplés en bas âge, je trouverais toujours un moment pour griffonner quelque chose, faire des photos ou m’habiller en Barbara et chanter dans la rue.

Comment gères-tu le départ de ton œuvre ? Son premier jour de maternelle puis son éloignement ?

J’ai été formé à la dure. L’école de la pige t’apprend vite à ne plus te soucier d’un texte que tu as rendu. Tu sais qu’il sera démembré, frictionné au gros sel puis recousu avec du fil de fer avant d’être publié. Avec le temps, tu te sens comme un guichetier à la Sécu, tu perds toute empathie pour la douleur d’autrui.

Sérieusement, mes textes je les oublie vite. J’ai plaisir à les relire des années plus tard, parce que je me souviens de rien et que j’y trouve des choses qui me plaisent. Et des trucs qui me font grincer des dents aussi, mais ça c’est inévitable.

Comment se gèrent une vie de famille et une vie artistique ?

Dans le désordre le plus total. J’aime pas le désordre. J’ai la chance d’avoir une compagne compréhensive et aussi artiste. Quand elle me dit que je me mets trop de pression, je lui rappelle comment elle était pendant son dernier projet et elle me laisse stresser. Après, pour les enfants, on prend du temps, on est obligés. Je me dis souvent que je devrais en prendre plus.

Quelle est ton œuvre de toi que tu préfères ?

Oula, je sais pas. J’ai tendance à confondre succès et qualité. Il y a des trucs en jeu de rôles dont je suis fier parce que les gens ont aimé. Mais ça veut pas dire que je les aime vraiment. Je sais pas, je te dis.

Les histoires que je préfère, je ne les ai jamais écrites : les projets de BD avortés, les synopsis de romans. Dans ma tête, elle n’ont pas toutes les imperfections qu’elle auraient une fois couchées sur le papier. Dans ma tête, c’est de l’émotion pure : je peux ressentir l’exaltation de la bataille aérienne de La Rochelle et imaginer la majesté de la cité de Bombance. Quand ce sera écrit, fixé, ça devra passer par le filtre de l’écriture et on perdra forcément du signal.

Tu as de très beaux cheveux. Donne-nous un conseil avisé je te prie, pour que nous aussi puissions avoir des tresses de viking.

Alors les tresses, c’est facile. Tu croises deux mèches et tu fais passer la troisième au milieu, puis te recommences. Pour avoir de beaux cheveux, je recommande le sang de licorne et la morve de vierge. Pour le liant, tu peux ajouter quelques gouttes d’huile de vidange de Robocop. L’avantage avec cette recette, c’est que tous les ingrédients peuvent s’obtenir au même endroit.