Comme promis dans l’article précédent, voici une courte interview du superhéros des auteurs de BD indépendants, le Shang-Chi de l’auto-édition, j’ai nommé Fred Boot. Je ne vous refais pas sa présentation, ni celle du livre. Vous êtes assez grands pour cliquer sur le lien ci-avant. (Mais n’hésitez pas, il y a des liens pour lire la bête. Gratos même, si vous êtes prêts de vos sesterces.)

Question obligatoire : peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 39 ans, j’habite Hong Kong, je suis graphiste depuis plus d’une quinzaine d’année, mais j’ai sorti mon premier album il y a 5 ans.

Dis, oncle Stan… euh, Fred, raconte-nous l’origine de Spécial Origines.

Ma grand-mère était une fétarde généreuse, qui rendait heureux tous ses enfants et petits-enfants. Quand elle est morte il y a deux ans, je m’étais promis de faire une bédé qui serait dédié à cet esprit qu’elle avait et que ma famille a encore. Et paf, en novembre 2012, j ai commencé mon bodule sans trop savoir ce qui a été le déclencheur à ce moment là.

Il y a beaucoup d’humour dans les historiettes de ce premier numéro, mais on sent aussi une grande nostalgie. Tu ne t’es pas demandé en écrivant si le mélange allait fonctionner ?

En fait le postulat de départ n’est pas de dire « C’était mieux avant », je cherche juste à dire « Hé les mecs, les temps sont à la merde mais cet esprit gouailleur et convivial est toujours là, il faut juste le repêcher en nous ». De fait je ne me suis jamais posé la question de faire marier la nostalgie à l’humour.

Comment se passe le travail sur un album ? Tu planifies à l’avance ? Tu écris et découpes d’abord avant de te lancer dans le dessin, tu fais tout à la fois ?

Pour ce livre j’ai fait les épisodes de deux planches au fur et à mesure sans plan général. Pour chaque épisode il y a une étape de découpage très légère qui repose sur des dialogues qui sont eux beaucoup travaillés.

Pour mes autres bds parues en album ou à paraître, généralement le scénario et le découpage sont faits à l’avance, mais je change toujours des choses en faisant les planches.

Toutes les planches de ce tome 1 sont disponibles en ligne. Pourquoi ce choix, à une époque où beaucoup d’auteurs gardent leurs propriété intellectuelle plus farouchement que Daredevil protège son identité secrète ?

Tout d’abord Daredevil devrait apprendre à enfiler son slip de super héros à l’endroit s’il ne veut pas que les gens puissent lire « Matt Murdock » sur l’étiquette.

Pour les planches mises en ligne et lisibles gratuitement, la propriété intellectuelle est toujours bien présente, cela n’a rien à voir avec la gratuité d’une oeuvre. Je tente juste de contrôler moi-même toute la partie numérique en mettant sur les réseaux sociaux et les circuits P2P la version que je souhaite, avec la qualité que je souhaite et des liens vers l’achat de la version papier.

Ce qui nous amène sur le terrain miné du financement communautaire. Spécial Origines est autopublié avec des fonds recueillis surkisskissbankbank.com. Pourquoi, et surtout comment ?

La première raison est simple : aucun éditeur ne veut me publier. Donc au lieu de chouiner, je me suis pris en main et basta allez tous vous faire foutre ;) . J’ai pris la décision de lancer le financement un beau matin, voyant que les lecteurs des planches publiées en ligne semblaient aimer. Le temps de préparer mon blabla et mes liens, je mettais le projet en ligne.

L’autopublication demande à un auteur de se transformer en éditeur, marketeux et gestionnaire d’entrepôt. Quelle somme de travail supplémentaire cela a-t-il représenté hors production des planches ?

Une somme de travail énorme. Sur ce livre je suis auteur complet, éditeur, graphiste, secrétaire, trésorier, coursier. plus ce que tu viens de citer.

Le système des contreparties avec le crowdfunding, par exemple, oblige à un travail supplémentaire au détriment de la production d’autres planches, mais au profit d’une confiance directe et totale avec le lecteur. Les envois aussi prennent pas mal de temps à faire.

Financièrement, tu t’y retrouves mieux/pareil/moins bien que si tu avais signé avec un éditeur ?

Je ne gagne rien avec ce premier essais. Par contre, j’ai à l’heure dans les 170 lecteurs que je peux contacter directement, bichonner et j’en passe, pour développer encore plus mon lectorat. 112 d’entre eux ont financé le bouquin, je les appelle les Famous 112, j’espère qu’ils continueront dans l’avenir d’être le coeur de mes fans. Ils sont précieux pour moi qui vit à 10000 kilomètres du pays et qui n’ai pas énormément de connaissances dans le « milieu ».

Mon but est bien entendu de commencer à faire du profit avec le livre qui suivra. Mais ce sera rachitique je le sais. C’est une baraque à frites pour l’instant mon bordel.

Quelles leçons tires-tu de la production de ce premier tome ?

Le crowdfunding est un financement basé sur le coup de coeur. Ca a fonctionné une fois, aucune certitude que cela fonctionnera de nouveau. En un sens, j’ai fait du numérique 90% du temps avec cette bédé (production, gestion, communication…), c’est une des voies possibles pour la bd numérique mais pas vraiment un système financièrement viable. Donc il me faut continuer de chercher comment toucher d’autres lecteurs car au final pour tout le monde le problème est là: comment créer et développer un lectorat BD en 2013 ?

Suite au succès de ta campagne, les souscripteurs auront la chance de recevoir le tome 2 pour le même prix. Et après ça, quels sont tes projets ?

Déjà faire le bouquin en question, après on verra. J’ai plein d’envies mais il faut de la patience pour trouver les bons moments pour les concrétiser. Et comme pour pas mal de choses, il faut souvent prendre des chemins de traverses qu’on ne soupçonnait pas. C’est crevant mais finalement euphorisant.