The Storm at Sea, Trey Ratcliff sur FlickrJe l’ai un peu mauvaise. Ch3val de Troi3, un romant court que j’ai commencé principalement pour l’envoyer au prix UPC, n’est pas parti par la poste vendredi comme prévu. C’était juste trop court. J’ai réalisé un peu tard que, même en travaillant quinze heures par jour en négligeant mes autres devoirs (ce qui aurait voulu dire un weekend à travailler comme un forcené) je n’y serais pas arrivé. Mercredi soir, il me restait à reprendre la moitié du texte, soit un peu moins de 90,000 signes, tout en ajoutant trois scènes importantes, dont la fin. Comme je ne suis ni Clark Kent, ni Alain le Bussy, je suis allé me coucher la mort dans l’âme.

La bonne nouvelle, c’est que je vais pouvoir peaufiner le texte en attendant de lui trouver une maison. Et si personne ne s’intéresse aux novellas de SF postgeek, je pourrai écrire une suite de la même taille et en faire un roman en deux parties. Les options ne manquent pas.

Une erreur égale une leçon

On peut pas vraiment dire que j’ai appris quelque chose de très nouveau avec cet échec. Disons que j’ai pris dans les dents un violent rappel de choses que je savais déjà :

Quand on travaille avec une deadline stricte, sur un projet d’un peu d’envergure comme celui-ci (minimum 150,000 signes), il faut planifier ses étapes. Aussi ridicule que ça puisse sembler, je crois que la prochaine fois je me fendrai d’un diagramme de Gantt pour me donner une idée.

Un premier jet, ça n’est facile à reprendre que si on écrit du pulp ou une nouvelle courte. Quand la structure est là et que les allers-retours sont réduits à de simples modifications de continuité, l’essentiel du travail consiste à retravailler le style et à couper les lourdeurs. En revanche, sur un texte plus long, on doit veiller à la structure, aux enjeux dramatiques, aux personnages tout en faisant gaffe à ne pas faire trop d’infodump. Du coup, le processus est sacrément plus lent.

Epic fail

Je l’ai mauvaise, donc. J’ai pas encore tout à fait fini de broyer mon noir sur cette histoire. D’autant plus que j’ai d’autres projets, perso et en collaboration, qui étaient censés démarrer cette semaine. Mais coûte que coûte, je ne laisserai pas ce bouquin dériver dans les eaux troubles du semi-terminé où flotte déjà Star Drakkar. Le deuxième jet sera bientôt complété, fini et léché pour pouvoir être bêta lu.

Et vous, vous vous êtes déjà ratés sur un travail d’écriture ? Videz votre sac et montrez-moi que je ne suis pas le seul loser sur la planète des écrivaillons.

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7 Replies to “Epic deadline fail

  1. Je ne crois pas trop à la deadline quand tu pars de zéro… Perso, je n’accepte une deadline qu’à partir du moment où j’ai un premier jet (que ce soit un récit ou un prototype de jeu). Je peux tenir une deadline quand je ré-écris / je développe un prototype mais je ne m’y engagerai pas sur la base d’une simple idée… Je crois beaucoup en la maturation (consciente ou pas) des oeuvres :) Bon, c’est peut-être aussi ma bonne excuse parce que je suis paresseux ^^

  2. Hmmm, un exemple au pif ? Il y a une dizaine d’années, un certain Surcapitaine m’avait proposé de me lancer dans un roman Archipels. J’avais écrit quelques dizaines de mots sur un capitaine échoué sur une île (devait y avoir des cannibales, je ne sais plus), et puis j’avais commencé à « réfléchir »… Je n’ai jamais repris l’écriture !

    Un autre exemple est l’AAR sur un jeu de stratégie qui se trouve sur mon blog, je ne l’ai jamais fini, à moitié par paresse et à moitié parce qu’entre temps un site a sorti un AAR dix fois mieux fait… Dommage mais trop tard pour le finir.

    Pour ton échec, la leçon c’est quoi ? Qu’il ne faut jamais se reposer sur ses acquis, sans doute. Tu as prouvé que tu as tout ce qu’il faut pour écrire des textes ambitieux, mais tu ne peux pas te relâcher sous prétexte que tu es bon… Moi aussi j’ai tendance à travailler « à la désespérée » comme écrivait Jean-Louis Barrault (dans son autobiographie), mais ça ne vaut pas le quota de signes par jour je pense… Pour écrire des textes longs, il faut suivre le modèle de l’artisan vanté par Michel Tournier parmi d’autres. Balzac pouvait écrire un bouquin en une nuit mais il en est mort jeune et il ne perdait pas de temps sur Twitter.
    Tout ça pour dire que tu t’en remettras très bien.
    /bitchslap Eric

  3. >> Videz votre sac et montrez-moi que je ne suis pas le seul loser sur la planète des écrivaillons.

    Tu cherches des looser parmi les écrivaillons ? Seriously ? Parce que des comme ça, tu vas en trouver treize à la douzaine :)

    Pour revenir à l’article, la deadline c’est le seul truc qui me fasse avancer. Le seul. Sinon c’est galère, pleurs, procrastination et re-pleurs derrière.
    Mais pour respecter une deadline il faut déjà qu’elle soit loin mais pas trop, que tu ai déjà quelque chose en tête, donc que ce soit calculé, et surtout qu’elle soit unique ou presque. Car on ne peut pas tout faire.

  4. Antoine, j’aime beaucoup ton approche. C’est une technique commune en gestion de projet, de ne jamais s’engager sans savoir en détail comment on pourra s’en sortir. La question est, pourquoi je ne l’ai jamais appliquée à l’écriture ? o_0

    Cyril, il va falloir que je retrouve mon fouet de surcapitaine. Dix ans de retard, même pour un roman, ça commence à faire long. Même si tu le livres maintenant, tu seras certainement pas payé avant 2027.

    Oh oui, je m’en remettrai, pas de souci. Il faut juste que je trouve le temps de faire avancer le bouzin pour lui éviter de tomber dans les limbes stardrakariennes. Sinon là, c’est vraiment la déprime. La leçon, je pense, c’est qu’il faut planifier son travail.

    Le gars qui nous avait donné des cours de project management chez GOA, Fergus O’Connell si ma mémoire est bonne, écrit des romans en plus de ses livres ‘sérieux’. Il m’avait montré ses plannings d’écriture et à l’époque j’avais trouvé ça overkill. Faudra que je lui fasse un mail pour lui dire… =]

    Orlanth, mais c’est précisément ce que je cherche : me faire flatter l’égo par des plus loosers que moi ;p

    D’accord avec toi sur l’importance de la deadline. Il y a qu’à voir avec Ch3val de Troi3, j’ai presque pas avancé depuis mon raté. En même temps, j’ai dormi la nuit. On peut pas tout avoir…

    Quand on a plusieurs deadlines, ça devient plus compliqué. *Soit tu repousses les projets tant que celui en cours n’est pas terminé, ce qui est simple à gérer mais risque de pas plaire aux clients.
    *Soit tu établis un planning sérieux type Gantt en espérant pas te planter trop souvent dans tes estimations. Mais c’est une casquette et des compétences de plus.

    • Ah oui Eric je me souviens que tu m’avais dit ça pour celui que tu avais eu à la formation d’ETP (j’en avais eu un autre). Je m’en suis rappelé au moment du NaNoWriMo, me demandant si je pourrais adopter cette méthode. Je me suis vite dit que je n’en étais pas capable dans l’immédiat, que je pouvais juste suivre le cours de mes pensées et tenter de les orienter un petit peu. Résultat, j’ai écrit mon roman complètement dans le désordre. (Il ne ressemble toujours pas à un roman d’ailleurs.)

  5. Avertissement : AMHA touch.

    Il y a quand même quelque chose qui me gêne dans la démarche « gérons un manuscrit comme un projet planifiable »… Je ne sais pas pour vous, mais je ne peux pas fonctionner comme ça :
    – vous pouvez prévoir la vitesse de construction d’une oeuvre ?
    – vous pouvez prévoir le nombre de caractère produit par jour ?
    – vous pouvez prévoir la durée des corrections ?
    On ne parle pas d’un logiciel là.
    Je veux bien qu’on conçoit l’écriture comme une production comme une autre, mais gaffe, on tombe dans l’ouvrierarisation ; où est le plaisir quand tu passes ton temps à mater ta pendule pour savoir si tu tiens les délais ? Ca me rappelle d’ailleurs ton article sur la durée et la créativité : quel intérêt à travailler sous contrainte ? Tu pourras me répondre – à juste titre – que la contrainte force à avancer. Ok, mais va falloir la jouer finement pour que la contrainte te pousse à avancer, sans te castrer l’imaginaire, sinon, tu finiras par écrire souvent les mêmes histoires, ou par utiliser les mêmes mécanismes narratifs (« faisons trois groupe de un ! », « je reviens tout de suite »).

    Je suis entièrement d’accord lorsqu’antoine parle de maturation : planifier, pour ceux qui planifie leur texte, permet de tester, de revoir, d’attendre, de revenir, de réagencer un texte. Tout comme la relecture révèle que des scènes ne fonctionnent pas, qu’un personnage sonne creux etc.
    De là à s’avancer sur un deadline auto-érigée, je ne suis pas convaincu.

    Ensuite, « pourquoi je ne l’ai jamais appliquée à l’écriture ? » parce que souvent, dans les AT, la deadline t’est imposée. Tu n’as pas vraiment de marge de manoeuvre.
    Et pour un texte que tu écris en free, tu peux éventuellement t’automotiver avec des délais, mais bon… Le plaisir, et la souffrance, d’écrire devraient s’autosuffire, AMHA.
    Là encore, il doit y avoir une différence entre celui qui écrit par plaisir, en espérant être édité, et celui qui doit bosser et gagner sa vie avec l’écriture, et qui doit donc fonctionner au contrat…

    A titre indicatif, je crois que c’est Harlan Coben qui écrit un livre par an, avec un rythme approximatif de 6 mois de plan, 3 mois d’écriture, 1 ou 2 de relecture (le reste c’est de la comm).

  6. N’est-ce pas affaire de méthode personnelle ou de disposition naturelle face à l’impératif ?

    Bien entendu, il y a une différence entre bosser pour sa personne ou pour un client avec une deadline stricte. Je ne suis pas écrivain mais illustrateux, certes, mais les étapes sont quasi les mêmes : plan/recherches, écriture/dessin final, relecture/prise de recul. Les délais étant bien entendu beaucoup moins longs pour l’illustration (encore que…).

    Mais quoi qu’il arrive, pour moi, que ce soit du perso ou du client, je ne travaille jamais aussi bien qu’avec une deadline (et généralement, les derniers jours, comme si l’urgence était un facteur essentiel). La deadline me permet de moins me distraire, me perdre. Au contraire, oser des voies que je n’aurai jamais empruntées car bien trop à l’aise dans ma zone de confort (celle du « je fais quand j’en ai envie », l’inspi, tout ça).

    Bref, la DL permet peut-être d’aller à un essentiel qui serait vite noyé par la possibilité d’élargir à volonté des multipistes (et dans ces cas, tous les chemins ne mènent pas à Rome).

    Voila, juste l’opinion d’un barbouilleur, farouche défenseur de la deadline ^^

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