Quatre semaines de pression. Vingt jours d’écriture, quatre de corrections, quatre soirées passées à intégrer les relectures et à préparer les fichiers pour publication. Sans compter le temps passé à faire ma pute.2.0 sur les réseaux sociaux et les forums NaNoWriMo. Après quelques jours à agoniser sous la couette, il est temps de se poser la question : est-ce que ça valait le coup ?

La fréquentation du blog n’a augmenté que pendant les deux premières semaines et je n’ai aucune idée du nombre de téléchargements (ma bidouille avec Google Analytics n’a pas marché – si vous connaissez une méthode qui marche sous WordPress, ça m’intéresse). Donc question promo, le bilan est plus que mitigé. La rentabilité de l’exercice est également douteuse. Même quand j’aurai peaufiné l’histoire et rebossé le style, je ne sais pas si un éditeur s’intéressera à un roman court qui saute comme ça d’un genre à l’autre. Ça sent plutôt l’auto-édition, si vous voulez mon avis.

Côté bonnes nouvelles, il y a la productivité, qui a été excellente. Si je n’avais pas failli y passer pendant ce mois de novembre, je referais bien ça un mois sur deux. Ha ha. Je déconne. Non seulement je n’ai pas manqué mourir, mais je referais certainement plus jamais ça. En revanche,  j’ai pu mettre à l’épreuve pas mal des astuces, trucs et techniques dont j’ai parlé ici-même au cours des treize derniers mois. Et ça, ça n’a pas de prix.

La pression, ça a du bon. Sébastien Latour m’a dit une fois quelque chose du genre :  » Que tu aies deux semaines ou deux heures pour écrire quelque chose, la qualité sera la même à la fin « . Quand on n’a pas le temps de se poser des questions, on est susceptible de commettre des erreurs, mais on a tout autant de chances de pondre des trucs qui tiennent la route. La créativité nait des contraintes, et celles de temps ne sont pas les moindres. Travailler avec une deadline serrée est quelque chose que je m’imposerai plus souvent.

L’inspiration vient en écrivant. J’ai toujours eu peur de me lancer dans une histoire sans avoir un synopsis détaillé. Cette fois-ci, tout ce que j’avais était une structure archétypale, un concept multiversel et une liste d’idées par univers. Eh bien finalement, avec du stress, du café et un grand tableau blanc, l’aventure s’est écrite d’elle-même. Peut-être que mon prochain roman, je le commencerai comme Stephen King : avec juste une situation, des personnages et une opposition. Non, sans doute pas. Rien qu’à l’écrire, je tremble de peur.

La formule. Quand on n’a pas de synopsis, c’est pratique d’avoir un cadre, une structure dans laquelle on peut situer son histoire. Le tableau Snyder-Campbell-Dent que j’ai bricolé pendant la dernière semaine de novembre ne m’a littéralement pas quitté. Je vous renvoie à mon récent article sur les formules scénaristiques et aux commentaires de mes excellents lecteurs.

Des personnages, des vrais. Même en travaillant sur les plus éculés des clichés, j’ai bien failli tomber dans l’habituel faille dite du plan du méchant : aux deux tiers du bouquin, les actions de l’antagoniste se révèlent illogiques ou mal justifiées. Ce qui me force à m’arrêter pour repenser leurs actions et prendre le temps d’explorer leur psychologie. Quel que soit le niveau de préparation de l’intrigue la prochaine fois, je m’assurerai que mes personnages soient hyper détaillés.

Écrire la fin d’abord. Coincé dans une scène qui semble n’aller nulle part ? Décidez de sa fin et écrivez-la sans attendre. Trouvez quelque chose qui vous botte, un cliffhanger ou la révélation qui fait avancer l’intrigue.Quand vous aurez la fin, vous n’aurez plus qu’à guider vos personnages vers cette situation, quitte à reprendre des détails mineurs. Vous verrez, déblocage garanti.

Les sprints. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que j’aime les techniques qui permettent de débiter du texte quand on est pas motivé. Zatoichi m’a sauvé la mise plus d’une fois, mais j’ai abandonné Write or Die au profit du wordsprint. C’est quelque chose qui se pratique entre participants au NaNoWriMo sur Twitter : on se donne un laps de temps pour écrire autant que possible. Si on a l’esprit compétitif, on essaie de battre les autres (et ça devient une wordwar). Ainsi, j’écris avec un compte à rebours (en général de 20 à 30 minutes), en me lançant le défi d’atteindre tel nombre de mots. Rien de mieux pour débloquer les neurones et réchauffer les doigts. C’est aussi idéal quand on n’a pas beaucoup de temps devant soi.

Plus on est de relecteurs… (ajout 03/12/10) J’ai eu la chance d’avoir six relecteurs sur ce projet, et ce n’était pas un de trop. C’est étonnant de voir à quel point certains types de fautes sont complètement ignorées par les uns et débusquées par les autres. J’en profite pour remercier chaleureusement ces six héros du traitement de texte qui ont consacré leurs dimanches à ce feuilleton.

A vous maintenant : que vous ayez fait NaNoWriMo ou non, vous avez sans doute connu des périodes d’écriture intenses. Que vous ont-elles appris ?

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18 Replies to “Debriefing de décembre

  1. I find this interesting from a non-fiction perspective, too–I am always advising my students to just write, but to have a structure in mind before they start writing. The time pressure, they add themselves by not starting until the last minute! (less than ideal). To just start writing with no idea of structure…it makes the initial writing harder, I think. Imagine travelling with no map. How do you know where you are? Of course, in writing you can always decide you want to be somewhere else (not so, always, in travelling).

    Anyway. Merci pour les idees. (and pardon my lack of French in responding!)

    • The map allegory’s a good one. At his Octocon talk, GRR Martin likened writing to a journey : you need to know where you are going and what places you’re likely to visit. You don’t know where you’re going to stop for sandwiches on the way, or even what twisty roads you’ll end up taking, but you need a direction.

  2. Débriefing très intéressant qui permet de remonter un certain nombre d’informations utiles. J’utilisais plus ou moins attentivement la plupart de ces propositions (les contraintes de temps, la psychologie des persos et écrire la fin d’abord) dans quasiment tout ce que j’écris, scénar ou autre (ou doc technique informatique, ça marche aussi). Je ne connaissais pas le coup du sprint ni de la qualité qui n’est pas dépendante du temps passé dessus sur lequel je ne suis pas fondamentalement d’accord mais qui me fait réfléchir quand même
    .
    Ce que MOI je retiens de TON expérience, c’est que la ration dépense d’énergie/gain est très faible. Comme tu le dis, autant en terme d’image, de pub ou de possibilité d’édition. C’est un constat doux-amer qui, clairement, ne me donne pas envie d’essayer. Même si on a pas vraiment les mêmes objectifs :)

    • Évidemment, si tu peaufines ton texte pendant des jours, il a des chances d’être meilleur. Mais sur un premier jet, la pression, ça aide. Ne serait-ce qu’à réduire la procrastination.

      Je suis pas si amer que ça sur le retour de l’expérience. J’ai quand même un manuscrit de plus sous la ceinture, ce qui n’est pas négligeable dans un CV. Et puis je me suis sacrément bien amusé pendant ces quatre semaines !

  3. la conclusion d’orlanth m’amène à un point qui n’est pas vraiment évoqué dans le billet, est ce que tes objectifs de départ ont été comblés ou pas ? parce que l’auto édition était de toute façon prévisible, autant que le faible rapport énergie / gain.

    Moi si je me lance dans cette folle aventure l’année prochaine, c’est pour tester des trucs, me prouver des trucs, voir si ca accouche de quelque chose de correct. mais pour une plume confirmée, la motivation me laisse dubitative.

    Néanmoins, force est de constater que je n’ai même pas encore eu le temps de tout lire, alors je n’aurais jamais eu le temps d’en écrire autant.

    Tu as gagné l’estime de nombreux lecteurs, si tu en manquais. :)

    • Nombreux comment ? Tu sais, quand on passe ses journées tout seul avec son clavier, on a besoin d’être rassuré… =)

      Mes objectifs c’était surtout m’amuser, relever le défi et apprendre de l’expérience. La même chose que toi en somme. Bon, quelques fans de plus sur la page Facebook m’auraient pas déplu non plus…

  4. Étant en pleine écriture de mon mémoire, je n’ai pas suivi ton expérience, Eric. Je me rattraperai en lisant le résultat plus tard, mais je me dis qu’en fait, je devrais essayer tes trucs de productivité : à part le plan du méchant, bon nombre doivent marcher pour de la non-fiction ?

  5. Salut Eric,
    Je me suis mis un peu à Civilization V et j’y ai trouvé une citation qui fait écho à ton paragraphe « la pression, ça a du bon ».
    (de mémoire)
    « Pour réaliser de grandes choses, il faut un plan et pas assez de temps. »
    Ton article m’a beaucoup intéressé.

  6. Chouette citation, merci. Je l’ai googlée pour savoir quel stratège ou homme politique était l’auteur de ces mots. Et c’est Leonard Bernstein, le compositeur =)

  7. Moi, à la base, le NaNoWriMo m’a surtout (re)donné goût à l’écriture. On barrera d’un trait rageur et quelque peu honteux tout ce que j’ai commis avant de me lancer dans le défi pour la première fois, en 2006. Ou presque. Quelques trucs étaient à sauver, quand même. Dont une nouvelle de 2002 que j’ai quand même intégralement réécrite : il doit y avoir une phrase en commun entre l’ancienne version et le nouveau texte.
    Bref, je me suis mise à écrire pour de bon en ayant déjà en tête quelques valeurs essentielles, dont l’indispensable « si tu as l’intention d’écrire, arrête de procrastiner et ouvre un fichier Word tout de suite ». Ça permet de sauter une poignée d’étapes dans le processus de transformation en scribouillard du Chaos.

    L’expérience m’a progressivement permis d’apprendre à me connaître :
    1- j’ai besoin d’un synopsis pour écrire efficacement, mais pas trop détaillé, j’ai horreur de ça (in English: I’m a milestone writer).
    2- les questionnaires détaillés auxquels les personnages sont censés pouvoir répondre, ça me bloque. Mes personnages partent d’une description physique, un passé succinct, une paire de gimmicks, et le reste vient tout seul.
    3- mes premiers jets sont toujours trop succincts, parce que tout est clair dans ma tête et qu’en tant que lectrice, j’ai horreur qu’on me tienne trop par la main. Donc j’ai tendance à en dire trop peu. Heureusement, je peux compter sur une escouade d’élite de bêta-lecteurs qui pointent les trucs à développer (in English: I’m an adder-inner).
    4- même quand j’écris vite, j’écris propre. C’est toujours bon à savoir.

    • Très intéressant ton retour d’expérience OPH. Surtout les 4 derniers points qui me parlent beaucoup.
      1 – J’ai besoin d’un synopsis détaillé pour écrire. Ultra détaillé par contre, sinon je n’arrive pas à passer le cap, à me faire violence pour m’y mettre.
      2 – Je n’aime pas du tout les tête à tête avec les personnages, ça me perd me confuse. Je sais grosso modo qui sont mes persos (de manière archétypale disons) et ensuite c’est par petites touches, à l’écrit, que je vais les développer et trouver leur voie. C’est ma part d’impro dans mon cadre stricte du synopsis ultra-détaillé. Je me sens beaucoup plus libre d’improviser les réactions, la tonalité des dialogues et les humeurs des personnages de cette façon.
      3 – De la même manière, j’ai des premiers jets beaucoup trop succincts. J’ai presque l’impression de courir quand j’écris, je vais à l’essentiel et mon second jet, avec du recul me fait rajouter beaucoup de petits éléments que je pensais évident mais que je n’avais en fait pas du tout précisé ou expliqué.
      4 – Moi, par contre, j’écris comme un sagouin et il me faut une vraie bonne relecture et un second jet pour m’en apercevoir. J’ai trop la tête dedans pour le remarquer du premier coup.

    • C’est bien la preuve que nous sommes tous différents et qu’il serait stupide d’essayer d’appliquer tous la même méthode d’écriture.
      Enfin, ça, c’était pour le cas où quelqu’un en douterait encore. ^^

      La seule chose que je recommande très chaleureusement, et que j’applique moi-même dès lors que je ne suis pas dans le cadre du NaNoWriMo (parce que là, pas le temps), c’est de passer régulièrement son texte dans Repetition Detector.
      http://www.gaddy.fr/repetitiondetector/
      En général, dès que je boucle un chapitre, je refais un tour.

  8. Oui, c’est clair: on est tous différents et les méthodes des autres, on ne peut que les adopter à sa propre façon de fonctionner.

    Pour les personnages, mon coeur balance. Je pars souvent d’un cliché qui s’affine et se modifie en cours d’écriture. Mais il m’est arrivé plus d’une fois, en pleine rédaction, d’avoir besoin de faire le point sur quelqu’un que je ne sentais pas. D’où l’utilité des character sketches et interviews de personnages.

    Excellent ce Repetition Detector, Merci Oph! Voilàç qui va sonner le glas des ‘sembler’ et autres ‘bien’ =)

  9. Chez moi, une fiche de personnage, ça ressemble à ça :

    Jaden Leo Smith
    Barman à New York, né le 4 août 1976.
    Grand, brun, musclé, artiste martial : kung-fu Shaolin du nord, Changquan.
    Il a l’indispensable petit huitième de sang cherokee qui donne un poil de fierté à tout Américain qui se respecte.
    Ancien compétiteur de niveau international en kung-fu.
    Smith a bien évidemment perdu sa famille alors qu’il était petit, et a été élevé par le grand-père maternel de Jasmine, un maître de Wushu d’origine chinoise accessoirement restaurateur. Très tôt, il a aidé au restaurant, et possède à présent son propre bar à New York, avec un associé à qui il a une fâcheuse tendance à laisser l’établissement pour aller sauver le monde.
    Son associé s’appelle Oliver Wesson, ça fait bien rire tout le monde, mais ils n’ont pas poussé le vice jusqu’à appeler le bar « Smith & Wesson » : au lieu de ça, c’est « Vineapple », un jeu de mot pour indiquer qu’ils servent du pinard et des jus de fruits frais.
    Il est également polyglotte et affecté du « syndrome du Bac+8 ».
    Jaden Smith apprécie les fromages français, mais il boit du coca light avec.

  10. Merci pour l’exemple de fiche de perso, Oph.

    J’aime bien comment en peu de mots tu donnes plein de détails intéressants. Un truc me frappe cependant : on n’a pas de motivation pour Jaden. Est-ce que c’est juste un figurant ou bien tu considères que ce qu’il cherche coule de source ?

    Dans mes propres préparations, j’ai l’impression de moins détailler que toi. Même si j’explore les ‘voix’ et les ‘feelings’ en écrivant des scènes entières au sujet de chacun des persos principaux, je me dis qu’une petite fiche résumée (et mise à jour au fil de l’écriture) serait pas un mal.

    • On est ici dans le cas d’un personnage qui ne cherche rien au début : l’intrigue lui tombe dessus. Mais c’est bien le personnage principal de l’histoire.
      Cela dit, Jaden est un cas particulier puisqu’il tombe dans un archétype auquel je peux me référer de mémoire, sans avoir besoin de ma fiche. Une fiche de personnage moins archétypale peut remplir facilement deux tiers de feuille A4, parce que là, effectivement, le zozo aura besoin d’une raison pour se trouver là et pour aller là où il va.

      Néanmoins, on voit ma structure habituelle dans cette fiche : description physique succincte, quelques points de background et de caractère général, pour finir par des gimmicks qui serviront à caractériser le personnage (ou pas – parfois je choisis mal mes gimmicks, et un protagoniste qui hait les ascenseurs n’entrera pas dans un seul immeuble de toute l’histoire).

  11. Oui, les gimmicks, c’est très aléatoire. Dans Star Drakkar, j’ai un personnage qui désinfecte tout ce qui l’entoure avec des tonnes de lingettes antibactériennes. J’avais mis ça pendant sa première apparition avec dans l’idée de m’en servir plus tard. Et complètement oublié par la suite…

    Je pense que ça va sauter au deuxième jet =)

    Bosser par archétypes, je le fais pas mal. Par manque de préparation ou juste parce que j’improvise un personnage auquel je n’avais pas pensé. Et ça me fait pas mal flipper – j’ai toujours peur qu’à la lecture, ces persos paressent bidimensionnels ou juste pas intéressants.

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