Michael explique que le seul auteur qui puisse faire impunément des découpages illisibles s'appelle Alan Moore.

Samedi, j’étais à Squarebound, première édition d’une mini-convention de comics irlandais à Dublin. Petit plus, ça avait lieu dans les locaux de l’Irish Writers’ Centre, un endroit prestigieux qui sent bon le vieux papier. Une ambiance type librairie familiale où il était facile d’aborder les gens (si, si, même pour moi). 

Je n’ai pas tout vu, mais j’ai pu apprécier entre autres la conférence de Michael Carroll, venu parler de son expérience de scénariste pour 2000 AD. Michael a expliqué son parcours, des forums du magazine aux arcs de Judge Dredd qu’il écrit en ce moment. C’est un peu un choc culturel pour quelqu’un qui ne connaît que la BD franco-belge d’apprendre qu’une fois le script accepté, la rédaction reste muette jusqu’à la sortie. Imaginez l’excitation en allant acheter le numéro en question !

Autre panel intéressant, celui d’Obrien Press, une maison d’édition qui s’est récemment diversifiée dans la BD de façon très artisanale. Ivan Obrien est venu avec ses couvertures et des sorties papier (avec crayonnés et essais couleur) qui passaient de mains en mains parmi le public. Même si je suis pas super fan de son trait, il me tarde de voir les livres d’Alan Nolan, qui produit à lui seul une demi-douzaine de BD pour enfants sur des thèmes chers aux adultes. Ce sont tous des pastiches d’histoires de détectives que nous avons lues dans notre jeunesse – Hercule Poirot avec un assistant chimpanzé, Steve Austin dans l’espace, le club des Cinq qui mène ses enquêtes pendant la récré, etc. L’auteur nous a raconté ses histoires avec un enthousiasme de savant fou, et je dois avouer que je suis jaloux amoureux de ses concepts.

J’ai raté la conférence des auteurs d’Atomic Diner Comics, éditeur et libraire indépendant, mais j’ai pu acheter leur production. Là, je dois dire que malgré les commentaires enthousiastes des autres auteurs, ça m’a laissé très froid. La créativité et l’énergie sont là, mais ça garde un arrière-goût de fanzinat. C’est méchant à dire, mais c’est vrai pour tout ce que j’ai vu samedi. Par rapport à la qualité des productions franco-belges et américaines, il faut dire que l’industrie de la BD irlandaise a quelques longueurs a rattraper. Il faut dire qu’elle part de rien ou presque, et les jeunes talents qui fleurissent en ce moment donnent l’impression que le désert d’il y a dix ans ne va pas tarder à verdir de façon bien excitante. Il me tarde de sentir le parfum des productions de l’année prochaine.